Le chalut à perche

LE CHALUT A PERCHE

Le chalut à perche ou à bâton est déjà décrit en 1728, par Lemasson du Parc, Commissaire ordinaire à l’Amirauté de Vannes.

Il est écrit que le chalut est composé d’une perche de 6 mètres de long, qui maintient la « gueule » ouverte du chalut.

Celui-ci forme une poche d’également 6 mètres de long, se terminant en pointe, tel « une chausse à liqueur ».

La gueule est lestée par des chaînes dans sa partie inférieure et allégée par des flotteurs en liège dans sa partie supérieure.

Deux pierres percées servent de patin à chaque extrémité.

Deux « eschalons », barreaux en bois de 40 cm, gréés sur la perche, maintiennent la poche ouverte dans le sens vertical.

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LE CHALUT A PERCHE DE « BELLE DE VILAINE »

Le chalut à perche utilisé pour la reconstitution d’une pêche à l’ancienne, à l’occasion des Billiotines de la mer en 1999 est un chalut à boucauds (crevettes grises).

Différent des chaluts à soles, notamment par son maillage, il a été reconstitué grâce au savoir-faire de deux anciens pêcheurs, les « deux Pierrot », et aux renseignements de Monsieur Rival, pêcheur en activité, qui nous a aussi prêté du matériel.

Il est bien évident que, si le principe du chalut à perche utilisé en Baie de Vilaine par les chaloupes de 1800 à 1930 reste identique, celui-ci a évolué, avant, pendant et après cette période, au niveau des matériaux, des dimensions et de la nomenclature.

Certaines modifications permettent aux bateaux de pêcher mieux et plus en fonction de l’évolution de la zone de pêche et du poisson, des données économiques, des différentes réglementations, de l’évolution des bateaux et du savoir-faire des capitaines.

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Le chalut à perche de « Belle de Vilaine » se compose, en partant de la chaloupe :

  • d’un filin de remorquage appelé « fune », long de 19m

  • d’une patte d’oie longue de 17m

  • d’une perche en châtaignier, constituée de 2 branches fortes, reliées au centre par un brelage en fil de fer, d’une longueur de 7 mètres, et d’un poids de 27 kilos. Elle maintient le filet ouvert dans sa longueur

  • de 2 guindineaux ou eschalons, bâtons de 50 cm, ferrés à un bout, qui maintiennent le chalut ouvert dans le sens vertical

  • de 4 pierres de drague (pierres percées), d’environ 12 kilos chacune, qui permettent au ventre du chalut de porter sur le sol

  • d’un chalut ou poche, filet de chanvre, de forme tronçonique, de 12 mètres de côté.

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Ce chalut à perche à boucauds pèse au total plus d’une centaine de kilos.

C’est une bonne représentation des chaluts utilisés par les chaloupes comme « Belle de Vilaine »

Ce chalut est un filet ayant la forme d’un tronc de cône. Pour ce faire, il est constitué de nappes de filet ayant la forme d’un trapèze isocèle.

La nappe devant porter sur le sol est dite « ventre » et l’autre est dite « dos ». Ventre et dos sont sur les côtés liés par transfilage serré à demi-clefs à un cordage dit « ralingue de côté » de 10 mètres.

La face avant du ventre est liée par un transfilage lâche à demi-clefs, à une ralingue en filin mixte, dite « ralingue de fond ».

Cette ralingue de fond est amarrée aux pieds des eschalons. Elle est garnie d’une guirlande en chaîne d’un poids de 14 kilos, dite « racloir », qui porte sur le sol.

La face avant du dos est liée par un transfilage lâche à une ralingue de chanvre garnie de flotteurs autrefois en liège, dite « ralingue des lièges ».

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A l’arrière du chalut est cousue une pièce de filet dite « gorget ». Cette pièce, située dans le filet, ferme la nasse et empêche le poisson de remonter vert l’ouverture du chalut.

Enfin, cousu à l’arrière du chalut se trouve le « cul », ou « sac de drague », de forme cylindrique et de 2,40 mètres de long, d’un maillage de 10,5 et d’un poids de 4 kilos environ.

Il est fermé au fond par une « corde de cul », terminée par un noeud rapide, dit « noeud de cul ».

Sous le cul se trouve une bande de solide filet, assurant une protection au cul du chalut quand il racle le fond.


LA PECHE

Deux hommes et un mousse étaient nécessaires pour la manoeuvre du chalut et du gréement sur les chaloupes de Billiers.

Le chalut était tracté en dérive « travers au vent » dans les eaux chargées d’alluvions de la Baie de Vilaine, lors des sorties à la journée.

Vent de travers, aidé par le fort courant (il n’y avait pas de barrage en ce temps-là …), les voiles portent bien, ont dit qu’on « drague carré ».

Le chalut était réglé à « l’attrape », descendu et remonté à la main.

On mettait le chalut à chécher dans la mâture après avoir déchargé le poisson.

Le poisson était débarqué dans des mannes d’osier.

Le produit de la pêche était vendu sur les marchés locaux, grâce aux poissonnières de Billiers, connues dans toute la région pour leur habileté à porter sur la tête de grands paniers de poissons.

Le surplus était expédié par chemin de fer vers Rennes, Angers, Nantes ou Redon.

LE POISSON

Les chaloupes chalutaient principalement dans les eaux poissonneuses de la Baie de Vilaine, jusqu’à l’Île Dumet.

Si soles et boucauds (crevettes grises) constituaient les prises les plus importantes, beaucoup d’autres poissons du temps des chaloupes se retrouvaient aussi dans les chaluts :

grondin, rouget, raie bouclée, raie lisse ou pissouse/pisseuse, ratillon, plie, pelouse ou sole de sable/perdrix, merlan, merluchon, jeune anguille ou civelle, raie pastenague ou hirrondelle, garrelet ou terre, sprat…

Au cours de l’existence des chaloupes, le poisson est devenu moins abondant. Le matériel et le savoir-faire ont évolué vers des pêches plus sélectives en fonction des saisons.

De nos jours, beaucoup de ces poissons ont disparu dans cette zone de pêche.